Je vais vous le dire sans anesthésie : vous avez sans doute un magasin de trop. Peut-être deux. Et ce n’est pas une provocation pour faire du clic sur LinkedIn. Ce sont les chiffres qu’Inditex a publiés le 9 septembre : 19,755 milliards d’euros de ventes au premier semestre, en hausse de 7,6 %, avec 5 444 magasins. Quatre-vingt-quatre de moins qu’un an plus tôt. Pendant qu’une bonne partie du retail mesure encore sa réussite au nombre d’ouvertures, le groupe qui a fait du design de magasin son premier canal publicitaire prouve l’inverse depuis des années : le mètre carré ne s’accumule pas. Il se mérite.
Zara, le joyau de la couronne, compte 47 magasins de moins qu’il y a douze mois. Lefties, l’enseigne petit prix du groupe, en a ajouté 13. Et pourtant le bénéfice net a progressé de 6,8 %, à 2,98 milliards. Relisez. Fermer, ce n’est pas échouer. Échouer, c’est ouvrir par inertie et garder des magasins zombies par orgueil.
Alors parlons de ce que personne n’ose aborder en comité d’expansion : combien vous perdez chaque mois avec des points de vente qui existent surtout pour ajouter des petits points sur la carte de votre site.
Les chiffres que votre directeur de l’expansion ne veut pas lire
Moins de portes, plus de chiffre
Les données laissent peu de place à l’interprétation. Selon le détail publié par Merca2 le 20 septembre, toutes les enseignes du groupe sauf Lefties ont aujourd’hui moins de magasins qu’il y a un an : Pull&Bear en compte 12 de moins, Oysho 13, Massimo Dutti 9, Bershka 7. Et pourtant Oysho a progressé de 21,3 %, Stradivarius de 18,5 % et Bershka de 16,7 %. L’entreprise le résume avec un sang-froid de chirurgien : l’optimisation du parc se poursuit et devrait générer de nouveaux gains de productivité.
Productivité. Pas présence, pas couverture, pas « être partout ». Productivité au mètre carré.
Pas un accident, une méthode
Ça ne date pas d’hier. En décembre 2023, Infobae recensait déjà 1 475 magasins fermés par le groupe depuis la pandémie, alors que ses ventes dépassaient de 6 milliards leur niveau d’avant Covid. Et en mars, Modaes expliquait comment les grands opérateurs ont fermé des centaines de petits points de vente en 2020 et 2021 pour concentrer l’investissement sur des flagships grand format, portés par l’architecture, la technologie et le design. Moins de magasins, plus d’ambition. C’est la nouvelle logique, et elle nous crève les yeux depuis cinq ans.

Design de magasin : le mètre carré se mérite, il ne s’empile pas
Voici la partie qui concerne tous les commerçants, qu’ils aient cinq mille magasins ou un seul. Un magasin n’est pas un point sur une carte. C’est un média qui paie un loyer. Et comme tout média, soit il a une audience et un message, soit c’est une charge fixe avec une vitrine.
Le magasin zombie
On en connaît tous un. Bon local, bonne rue, un aménagement hérité d’il y a dix ans, un planogramme que personne ne revoit, des vitrines changées quand le calendrier l’exige et non quand il le faut. Il fait juste assez de chiffre pour que personne n’ose le fermer. Et « juste assez », dans le retail, veut souvent dire perdre de l’argent lentement. Le pire n’est même pas son compte de résultat. C’est ce qu’il raconte de votre marque à chaque passant.
Le magasin qui travaille
À l’opposé, il y a le magasin qui se comporte comme un flagship même sur quatre-vingts mètres carrés. Il a un parcours client pensé, des zones chaudes réellement exploitées, une vitrine qui augmente le taux d’entrée et une équipe qui sait quels KPI magasin regarder le lundi matin. Il n’a pas besoin d’être immense. Il a besoin que chaque mètre ait une mission.






